Par le père Arnaud Mougin
Comme chacun d’entre nous, je me sens un peu orphelin, réalisant difficilement et tristement que je ne ressentirai pas de sitôt la vigoureuse embrassade, si chaleureuse et paternelle du Père François.
Cependant, certainement grâce à lui et à son édifiant témoignage face à la mort, je suis plus dans l’action de grâce que dans la tristesse. Pour lui d’abord. En plus d’être libéré de ses souffrances, il est devant Celui qu’Il a toujours annoncé et espéré. En demandant ce matin aux laudes que l’Esprit nous révèle la face du Père, je me disais « pour le PF, ça y est, il contemple la face du Père éternel ».
Et puis je me réjouis malgré tout pour moi et pour nous : sa mort me fait réaliser un peu plus la grâce de l’avoir connu. Comme beaucoup, j’ai énormément appris auprès de lui, à être prêtre, à être père et ces derniers mois à être véritablement chrétien devant la mort.
Le PF a eu plusieurs fois l’occasion d’accompagner des mourants, il m’a souvent partagé combien il avait appris, combien il avait été édifié en accompagnant longuement des mourants. On peut dire qu’il a bien retenu la leçon pour nous la transmettre. On échangera sans fin sur toutes ses leçons de vie et de foi mais ce dernier enseignement m’a profondément touché. Son accueil simple et paisible de la mort annoncée en juin, son impatience quand cela a duré, sa résignation tranquille quand il a fallu se rendre à l’évidence qu’il n’avait plus vraiment sa place aux soins palliatifs… toutes ces étapes surprenantes ont été accueillies dans la confiance en son Sauveur : « que Sa volonté soit faite ! ». Ce qui m’a peut-être le plus impressionné dans ce sursis incroyable, c’est son acceptation simple de ne plus présider ni prêcher la messe. Lui qui nous a tellement nourri -et secoué ! – dans ses prédications, venait concélébrer paisiblement, silencieusement chez les sœurs.
Dernière consolation (qui ne supprime pas cette impression de solitude) : alors que son agenda de ministre nous empêchait de le voir autant que nous l’aurions souhaité, le PF devient maintenant disponible 24/7 dans la prière…et je suis sûr qu’il s’en réjouit lui aussi, on peut désormais le solliciter sans craindre de le surcharger !
Personnellement, je ne m’en priverai pas pour prendre soin le mieux possible de ce beau trésor de l’Eau Vive qu’il m’a confié.
Un père, un éducateur, un fils
Par Guillaume Le Camus, pour le conseil d’administration de l’Eau Vive.
Lorsqu’il est arrivé pour la première fois à l’Eau Vive en 1986, avant son ordination sacerdotale, le jeune frère de Saint-Jean a tout de suite perçu que l’éducation serait la grande affaire de son ministère. Accompagner et élever (au sens premier du terme) ceux qui seraient sur sa route. D’abord les jeunes, puis les couples, les familles et enfin les prêtres.
L’éducation à l’Eau Vive, c’est une écoute bienveillante et une parole, couplée à l’expérience de la montagne et de l’amitié. La parole du Père François était forte, souvent exigeante, toujours donnée pour l’édification de celui qui la reçoit. Adjoint pendant 10 ans du Père de Monteynard, il avait su reprendre et actualiser toutes les intuitions éducatives du fondateur qui font encore aujourd’hui le trésor éducatif de ce qui se vit à Briançon. Avec un axe privilégié dans ses enseignements auprès des « ados » et « grands », le développement d’amitiés respectueuses et vraies entre garçons et filles, fondation profonde de futures relations conjugales harmonieuses. Et que de groupes d’amis fidèles et de mariages issus de ces amitiés vraies tissées à l’Eau Vive depuis 40 ans !
Le Père François avait aussi un talent qui permettait de vivre cette harmonie dans les groupes : le chant à plusieurs voix ! Il savait aussi donner confiance et faire grandir. Avec pour unique finalité : permettre à chacun de devenir un homme ou une femme debout, libre et engagé au service des autres et de l’Eglise. Il aimait à dire que l’Eau Vive est une famille mais aussi un carrefour d’Eglise où chacun est appelé à s’engager là où il vit au service de sa paroisse ou sa communauté. Cette paternité éducative, le Père François l’a exercée sur toute la génération des eaux viviens des années 90. Son départ de l’Eau Vive pour d’autres ministères n’a pas rompu ce lien. Il est resté en contact et a continué à accompagner nombre d’entre nous, grandissant dans sa vocation avec nous.
Cette vertu de père et d’éducateur, le Père François la puisait dans son état de fils. Fils de notre Père du Ciel d’abord et fils de la Vierge Marie, qu’il aimait tant. Mais aussi fils fidèle de l’Eglise, toujours dans l’obéissance malgré les blessures. Sa nouvelle nomination à l’Eau Vive en 2019 a été concomitante à la découverte de sa maladie. Mais la maladie et la souffrance n’ont pas arrêté ce pèlerin infatigable ; il est resté en service. « On se reposera au Ciel » aimait-il à dire. Il avait, lors de ce deuxième passage à l’Eau Vive, remarqué une soif d’amour, de vérité et d’exigence encore plus forte dans la jeune génération. Les aînés ont floqué sur leur sweat-shirt une devise qui lui tenait à cœur : « Aimez-vous, le reste on s’en fout ! ». Sa voix se faisait plus faible, sa silhouette plus frêle mais le témoignage n’en était que plus fort et sa joie plus profonde. Il nous aura édifié jusqu’à la fin de son pèlerinage sur terre par sa patience, son abandon et son désir du Ciel. Aujourd’hui nous rendons grâce pour cette vie donnée et ce ministère si fécond ; nous avons tant reçu ! C’était un fils, un père et un éducateur, devenu pour moi, comme pour beaucoup d’entre nous, un frère et un ami.
Toute la communauté de l’Eau Vive vous dit aujourd’hui, avec encore plus d’émotion et de gratitude que d’habitude : merci et …
A Dieu et à toujours, cher PF !
Hommages
- Pour tous ceux qui ont connu et aimé le Père Francois, nous venons d’ouvrir un espace digital ou vous pouvez mettre vos témoignages de ce que vous avez reçu de lui à l’Eau Vive : Album Hommages PF
- N’hésitez pas à partager ce lien avec vos parents, enfants ou amis de l’Eau Vive !
- Les funérailles du Père François Potez seront célébrées mardi 26 mai à 15h30 en l’église Saint-Sulpice à Paris.
Avant les funérailles, son corps est veillé à l’oratoire Saint Joseph de Notre-Dame du Travail à Paris tous les jours de 9h à 20h (vendredi jusqu’à minuit). Une veillée aura lieu à 20h30 lundi soir à Notre-Dame du Travail.

